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28/08/2018

UN MONDE A PORTEE DE MAIN de Maylis de Kerangal


Lire Maylis de Kerangal c'est accepter d'entrer tout entier dans un univers. 
Au détails prés que la construction d'un pont (Naissance d'un pont, éditions Verticales 2010) et l'opération à cœur ouvert (Réparer les vivants, éditions Verticales 2014) m'avaient sidéré par leur précision, mais laissé de marbre, entendez par-là que rien dans la narration ne m'avait embarqué.
Je développais alors une sorte de respect incroyable pour ce travail d'écriture subjuguant et exigeant (sans vraiment être touchée au plus intime), doublé d'un complexe d'infériorité un peu stupide j'en conviens.
C'était ainsi, je me disais : "Maylis de Kerangal, c'est trop pour moi (ne me demandez pas "trop quoi" ce serait difficile à définir).

Et puis, parce que je suis têtue, Un monde à portée de main. Et là, la magie cette fois a opéré. 

C'est dans l'univers des peintres en décor et trompe l’œil que l'auteur.e nous fait entrer, tout entier.
Aux côtés de Paula Karst, que l'on suit sur le chemin qui la fera passer d'enfant à adulte, nous découvrons ces êtres passionnés par la texture, la couleur, et l'histoire de ce qu'ils auront à reproduire. Et là, tout s'éclaire. Peut être bien que Maylis de Kerangal nous parle aussi de son travail d'écrivain. De sa façon à elle d'envisager l'écriture.

Un monde à portée de main est un roman feutré, il porte ce silence dont aura besoin Paula pour exercer son métier. Il montre aussi ce couple parental qui regarde l'enfant devenir adulte, et c'est si juste, si juste vraiment.
Il offre tout autant cet amour immense - le premier de Paula - pour Jonas ce camarade colocataire qui entre dans la même école de peintre en décor à Bruxelles.
Et leur amitié avec la plus excentrique Kate.
On suivra Paula de Bruxelles, à Paris en passant par les studios de cinéma italiens, pour arriver sur un final époustouflant : Lascaux.
Impossible de refermer le livre, qu'on se le dise. 

La coquetterie à l’œil de Paula, la question du réel et de la fiction, les parents venus célébrer la remise des diplômes et ne sachant pas où poser la bouteille de champagne dans une cuisine ne leur appartenant plus, le talent de Jonas, la justesse des liens quand on les découvre, l'assurance de Kate, la fourmilière d'ouvriers sur les chantiers, le nom des outils, le nom des couleurs, des textures, le regard sur ce que fut le cinéma et ce qu'il est en train de devenir, le pouvoir de ceux qui savent reproduire à s'y méprendre : époustouflant.




04/01/2018

BettieBook de Frédéric Ciriez

Il s'appelle Stéphane Sorge, alias SS pour les intimes (et les auteurs qu'il descend), ce qui signifie également Super Style aux yeux de ceux qui l'aiment bien, ou aimeraient s'épargner les foudres de ses critiques assassines. SS est un serial-lecteur, un serial-critique, un type qui analyse, démonte, encense ce qu'il lit - ou pas - dans les colonnes du Monde Littéraire, dans un magazine féminin (sous pseudo), sur Paris Première à raison d'une intervention de 30 secondes de temps à autre, pour un magazine télé (sous pseudo). Avant, il faisait (sous pseudo) des piges pour Amazon mais depuis que ce sont les clients du site qui se chargent eux-mêmes des commentaires, SS peine à joindre les deux bouts. D'ailleurs, il s'appelle Stéphane Van Hamme, pour de vrai. 

Tantôt il lit avec attention ce qu'il doit chroniquer et souvent, doit mettre un mouchoir sur sa probité professionnelle et synthétiser ce qu'il lit à droite à gauche et rendre un article comme on en attend de lui. Et tout le monde s'en fout. Oh non, se dit-on,  pas un roman germanopratin de plus sur les pratiques douteuses d'un certain milieu de mèche avec ces salauds d'éditeurs et ces tartuffes d'écrivains prêts à tout pour y arriver... Ne vous inquiétez pas, Ciriez va nous raconter autre chose...

BettieBook est aussi un roman d'anticipation. Dans le premier paragraphe, on y enterre en grandes pompes le youtubeur Norman, mais c'est une blague. Il sera aussi question, plus loin, du nouveau Mark Danielewski, qui à ma connaissance n'existe pas encore, traduit par Claro (mais on en recausera plus loin). Dans les premières pages, on lit que Sorge en assez de la littérature. Il se ballade avec le dernier numéro du Nouveau Détective dans sa poche, et n'arrive plus à se passionner pour grand chose. Quand la rédaction du Monde lui demande d'aller interviewer la booktubeuse Bettie, des dizaines de milliers de vue sur sa chaîne où elle cause dystopies trop bien et teen-age séries romanesques à rallonge qui donnent du sens à sa life, SS y va à peine à reculons. Sincèrement, ce monde-là le fascine pas mal, qui est en train d'éteindre le sien pour de bon, à l'aune d'une nouvelle ère de communication culturelle à laquelle il aimerait bien se raccrocher.

Mais comment diable se raccorder à ce monde intrépide, sur-connecté et sans complexe qui navigue sur les réseaux à coups de #kiffetrovictorhugo, de youtubeuses toutes bariolées qui changent de jupe et de gloss à chaque transmission ? Alors qu'on ne cesse de lui répéter que la critique littéraire telle qu'il la pratique est morte et enterrée - et d'ailleurs, qui lit encore Le Monde Des Livres ? -, Sorge rumine un truc un peu spécial, et qu'il va sans doute en partie improviser devant nos yeux ébahis.

On met un temps avant de comprendre où Frédéric Ciriez nous emmène. Si on reconnait ici et là le style désopilant, très sexuel et tintinesque qui n'appartient qu'à lui (son précédent roman Je suis capable de tout ainsi que sa collaboration au scénario du film de Peretjako, La loi de la jungle sont là pour en témoigner), quelque chose  de glacé, de déprimant s'est bel et bien installé. 

Quand la rédaction du Monde lui confie les épreuves du prochain Danielewski comme on lui confierait les codes du Pentagone, Sorge l'emmène, s'endort dessus dans le TGV, l'oublie sur son siège, et va pondre un article sur le livre à partir des miettes qu'il a pu lire, et de commentaires glanés sur le web. On lui tombe dessus, les lecteurs enragent, Sorge est mis à pied, on le montre du doigt. Le plus drôle étant qu'à part lui, qui contre toute évidence clame son innocence et sa bonne foi, il trouve quelques défenseurs comme cet ami libraire un brin allumé, Mark Danielewski himself et le traducteur Claro qui s'est mis à douter "de sa traduction, sans doute trop littérale". On touche alors le fond de cette vaste blague non-sensique qui nous montre qu'en littérature comme en politique aujourd'hui, plus personne n'est capable de reconnaitre sa gauche de sa droite, et encore moins le bas du haut.

C'est en pleine lumière et à l'aide d'une caméra-espion que Sorge va se faire rencontrer la critique d'avant et celle d'aujourd'hui dans la mise-en-scène consentante d'un plan-cul raconté sur plus de vingt pages (joli tour de force) où nous verrons, entre hallucination et ricanements étouffés, l'éminent critique se mettre sur le bout la ravissante booktubeuse, à moins que ce ne soit l'inverse, elle avec un masque de Jerry, et lui en Tom. De critique à booktubeuse, de youtube à youporn jusqu'à ce revenge-porn dont on ne sait trop qui a le plus baisé l'autre, on n'en sortira non pas ravi mais exténué, des lumières de sex-toy à effet stromboscopique fluorescent plein les yeux (c'est quoi d'ailleurs, ce truc?), et sans un poil de sec.
C'est une farce bien sûr. Mais on aimerait bien que BettieBook qui, comme son auteur, ne recule devant rien, soit lu pour autre chose que ses passages salés, la drôlerie de ses références et ses penchants rentre-dedans avérés. Les toutes dernières pages, superbes, nous montrent d'ailleurs une voie qui est sans doute celle que va emprunter le vaguement calamiteux et légèrement dépravé Stéphane Sorge. C'est peut-être celle que Frédéric Ciriez va suivre et, comme on le sait capable d'absolument tout, on continuera à le suivre de très près.

Signé: RongeMaille

19/10/2016

LETTRE AU DERNIER GRAND PINGOUIN

Il n'y a pas bien longtemps, une de nos éphémères gloires nationales s'affichait sur les réseaux sociaux, en compagnie de bons amis, en train de poser, hilares, auprès de quelques grosses bêtes abattues par ses soins (et à distance semble-t-il,  car figure parmi ses trophées un ours de belle taille). Ce grand ami de la vie sauvage et des activités de plein air, qui fut en son temps champion olympique de ski alpin et, plus tard, plusieurs fois participant à cet autre grand rallye écolo que fut le Paris-Dakar (500 connards sur la ligne de départ... comme chantait l'autre énervant), a depuis voulu tout effacer mais, comme on le sait, une fois pris dans la Toile, difficile de s'en tirer à si bon compte. 

 Alors bon, me direz-vous, il y en a d'autres de ces candidats raisonnablement friqués qui peuvent se permettre d'aller chasser le grand fauve en Afrique sans plus se soucier du qu'en dira-t-on, et encore moins des quotas de chasse car, faut-il le rappeler, nous sommes dans un monde où tout se paie. Et, crénom, si on possède tout cet argent, c'est qu'on l'a bien mérité. Ce grand champion, ce héros, que nous appellerons Grosluc (large torse, visage tanné par le soleil, barbe bien taillée, sourire tout en dents blanches, gros cuissots), aurait pu être un des deux sinistres personnages qui ouvrent l'essai de Jean-Luc Porquet. 

On y vit les dernières heures du dernier couple de grands pingouins sur l'île d'Eldey, en 1844, lorsque quelques islandais y débarquent afin de les zigouiller pour deux taxidermistes de leurs clients. La tâche n'est pas trop ardue, le grand pingouin étant un pataud des glaces assez froussard et peu agressif (attention à son grand bec, quand même), et se contentent de les étrangler. Pas de trou, pas de tâche, du travail de pro. En repartant, bien sûr, l'un d'eux marche sur le dernier œuf de grand pingouin que la femelle couvait. Voilà, c'est terminé, une espèce en moins. 

 Lettre au dernier grand pingouin est effectivement un exercice épistolaire puisque l'auteur, tout au long de l'ouvrage, s'adressera à lui sur le ton navré de celui qui sait que cela a du être dur, et qui, en plus, sait parfaitement ce que l'Humanité a fait subir, depuis la grande révolution industrielle de la fin du XIX° siècle, au reste du règne animal. Jean-Luc Porquet n'est rien de moins qu'une des grandes plumes du Canard Enchaîné, spécialisé dans les problèmes d'écologie et d'environnement (entre autres) et sait donc de quoi il parle. Se décrivant lui-même comme un archiviste compulsif, découpant dans la presse tout ce qu'il trouve sur telle espèce en voie d'extinction, sur telle catastrophe environnementale et ses conséquences sur les milieux naturels, il n'hésite pas à dégainer foultitudes de chiffres qui finissent de plonger le lecteur dans les affres de la honte la plus sincère. 

Car ce que raconte cet essai, ça n'est rien d'autre que le début de notre fin. A ceux qui contestent aujourd'hui ces théories catastrophistes, épaulés par des scientifiques eux-mêmes rémunérés par les industries pétrochimiques, il envoie quelques pics sévères :

 « Tout comme il est aujourd'hui impossible, malgré Claude Allègre et l'activisme des lobbies industriels, de nier la responsabilité de l'homme dans le réchauffement climatique, il sera bientôt impossible de nier qu'il est le principal auteur de la sixième extinction en cours ». 

On commence à parler d'ère anthropocène pour qualifier les millénaires sur lesquels nous régnons. Bravo à nous. Au Canard, on a la gâchette facile mais on sait de quoi on parle. Dans cette lettre peu consolatrice (tu vois pépère, tu n'es pas le seul à t'être fait décaniller comme un malpropre) à cet animal disgracieux mais qui fait toujours rire les enfants (leurs dépouilles rencontrent de francs succès dans les muséums d'histoire naturelle), et si on est juste atterrés par ce que nous infligeons aux autres espèces aussi bien qu'à nous-mêmes (attendez de voir, pour les abeilles...), on est tout aussi surpris par le calme avec lequel Porquet égrène son chapelet mortuaire. Car on comprend assez vite, avec lui, que la partie est jouée depuis des lustres et qu'à moins d'un brusque serrage de frein à main... mais ça n'arrivera jamais. 

Tout juste entrevoit-on lorsqu'il parle de Paul Watson, flibustier écologiste de Sea Shepard qui n'hésita pas à couler un baleinier pour faire respecter quelque accord international sur lequel les industriels n'hésitent à s'asseoir, une admiration sincère et une envie d'aller en découdre avec tous les Grosluc de la Terre. Dans son génial et drôlissime Gang de la clef à molette, le romancier Edward Abbey avait imaginé une sympathique bande d'énervés bourrés d'imagination faisant sauter les caterpillars sur les chantiers de construction de grands barrages, des hommes et des femmes prêts à tout pour qu'aucun banquier, aucun industriel, aucune armée ne vienne massacrer les grands espaces vierges des Etats-Unis. Il est peut-être tard pour s'y mettre, mais il serait temps... 

Oui, Grosluc a le droit de buter un grizzly avec son fusil à lunette gros calibre, c'est en effet moins dur, pour plaire aux filles, qu'un corps à corps au couteau Rambo avec ces grosses bêtes soupe-au-lait. La mer est à tout le monde, alors j'ai le droit de faire mon beurre avec tous ces poissons dedans. Mes pesticides sont bons pour la récolte du maïs et du soja, alors au diable ces abeilles, quoi, vous m'embêtez. 

Continuons comme ça, semble expliquer, navré, Jean-Luc Porquet au dernier grand pingouin dont il nous aura raconté la longue et douloureuse histoire. Dans le détail, c'est vrai que l'odyssée de cette espèce est horriblement triste et cruelle. Je vous laisse la découvrir, elle est incroyable. Ce n'est ni la seule, ni la plus terrible, et encore moins la dernière. 

La plus ridicule cependant, loin devant celle du Dodo de l'Ile de Pâques dont tout le monde s'est bien moqué, ce sera certainement la nôtre. Les grands maîtres incontestés de l'ère anthropocène, seul et unique instigateur de la sixième grande extinction des espèces (série en cours), ne survivront pas eux-mêmes à la catastrophe. Encore bravo à tous les Groslucs qui nous entourent. 

Et puis, si le grand pingouin, d'où il est, aura trouvé le moindre réconfort à la lecture de cette lettre bourrée d'affection pour lui et ses semblables... 


 Signé : Pingu 

Euh non, RongeMaille

24/03/2016

JE SUIS CAPABLE DE TOUT de Frédéric Ciriez

Julie, la quarantaine alerte et aux aguets, passe ses vacances sur une plage naturiste au pied du Fort de Brégançon. La présidente s'y repose, dit-on, en compagnie de son compagnon du moment. Mais Julie n'en a rien à faire, car elle dévore avec avidité un livre de développement personnel qui la transcende, littéralement. Un best-seller écrit par un ancien champion olympique de sprint. Avec ça, Julie se sent prête à dévorer le monde. 
Wilde open, elle songe aux grandes choses qu'elle est prête à accomplir, dès à présent. Il fait chaud. 

Necko, sa fille de 17 ans, grande gigue plate comme une limande et aux ongles vernis mandarine, dévore avec avidité, sur son coin de plage, une série de manga yaoi qui la démonte, littéralement. Une histoire de virus informatique qui sur les i-phones du monde entier transforme les uns en esclaves sentimentaux des autres (un yaoi, notons-le, est un manga uniquement porté sur la passion de jeunes garçons entre eux, et ce pour l'édification des jeunes filles, c'est spécial). Mais qu'est-ce qu'il fait chaud...


On en rigole d'avance, même si le roman de Frédéric Ciriez prend son temps pour nous dévoiler sa feuille de route (il faut d'abord subir les délires de cet insupportable mental-coach que lit notre Julie, qui a trouvé la voie de son apogée spirituelle grâce à un chien sprinteur, puis rencontré la Mort en personne sur une  terrasse de gratte-ciel dans un pays du Golfe) mais lorsque la mère et la fille, chacune de leur côté, se lèvent de leurs serviettes, abandonnant leurs lectures sur un coin de sable, c'est pour aller affronter le sel de la vie avec de nouvelles armes. 


Voilà sans doute la démonstration in situ que de mauvaises lectures peuvent influencer le cours de votre existence. Se déroulant sur une seule et pleine journée, Je suis capable de tout se pare avant tout d'une écriture joueuse comme un chaton, qui prend soin de nos deux vaillantes héroïnes, voguant dans le plus simple appareil vers de nouvelles rencontres et d'incroyables expériences.

Julie doit retrouver son date, il s'appelle Giacomo, il est beau comme Alain Delon jeune et possède six orteils à chaque pied. Quand il retire ses chaussures de marche, ça ne sent rien. Il attrape des couleuvres à mains nues. Julie et transportée, transbordée, transbahutée, ah !, quelle belle journée. Et qu'est-ce qu'il fait chaud.

De son côté, Necko regarde lui tourner autour trois kékés descendus des quartiers de Marseille et qui lui font leur numéro, un peu relous sur les bords. Il y en a un, le plus dégourdi, qu'elle trouve franchement craignos, un autre qui possède un gros machin, et un troisième qui lui plaît bien. La soirée s'annonce chaude-bouillante.

Frédéric Ciriez s'amuse avec ses deux personnages qu'il a veillé, au préalable, à libérer de tout carcan. Un peu moqueur, un peu mateur (ah ! les joies du naturisme et de l'inconvénient du port des pataugas avec rien au-dessus), ce roman vivifiant est surtout porté par deux qualités imparables : une écriture terrible (ça, c'est du style) et une admiration réelle pour ses deux personnages qui, au-delà du ridicule irrésistible des situations, se comportent en vraies héroïnes, téméraires et pugnaces, allant toujours de l'avant, quoi qu'il arrive. Toujours.

Ecrit à la première personne du féminin, ce qui n'est pas le moindre de ses tours de force, voilà un bouquin qui donne envie de se mettre à poil pour le défendre.
 Signé: RongeMaille

21/02/2016

TOUTES LES FEMMES SONT DES ALIENS de Olivia Rosenthal


On aimerait qu'un jour, Olivia Rosenthal et Pacôme Thiellement se retrouvent à table et discutent ensemble de cinéma devant quelque bonne bouteille. On se ferait alors petite souris, et on prendrait des notes. Car la demoiselle a quelque chose à voir avec l'auteur de Cinéma Hermetica (recueil d'articles savants, siphonnés et géniaux paru il y a peu chez Super 8), dans cette façon absolument gracieuse et décomplexée d'aborder son sujet selon des angles assez imprévus .

En trois chapitres bien distincts, elle nous parle successivement de la tétralogie des Alien inaugurée par Ridley Scott en 1979, puis des Oiseaux de Hitchcock et enfin, rassemblés en une doublette audacieuse, du traumatique Bambi et du scandaleux Livre de la jungle de Walt Disney.


Toutes les femmes sont des aliens, la première partie qui donne son titre au livre, s'attarde longuement sur ce qu'on savait déjà quant aux rapports ambigus entre l'infernale bestiole et la délicieuse Ripley, héroïne récurrente et increvable femme de tête. Eradication du corps masculin, enfantement dans la douleur et dans la mort, expulsion de la bête, accouplements contre-nature. Pour se finir par une sorte d'idylle bizarre, dans l'ultime plan du dernier volet, entre une Ripley mi-femme, mi-alien, filant vers d'autres cieux étoilés en compagnie d'une cyborg mignonne à croquer. Bien vu !

Les oiseaux reviennent, sur le grand classique de sir Alfred, ne s'attarde pas trop sur ce que nous savons déjà sur un des films les plus (psych-)analysé du maître (avec Vertigo), mais s'en donne à cœur joie dans la stigmatisation de la haine des blondes que semble d'ailleurs partager mademoiselle Rosenthal. C'est vrai qu'elle finit dans un sale état, Tippi Hedren.

Quant à Bambi & co, baroud d'honneur de ce délicieux petit opuscule (150 pages à peine), l'auteur nous invite à repenser ce prétendu drame fondateur que fut la mort de la maman du petit faon aux si jolis yeux, et surtout à ne pas montrer Le livre de la jungle à des gosses qui pourraient s'imaginer que les panthères ont des voix de fumeur de Gauloise, et que les ours dodelinent du cul avec des bananes autour des hanches. Regardez donc dans quel état de confusion mentale cela a mis certaines personnes lors de récentes manifestations de rue...
Iconoclaste en diable, d'une délicieuse ironie, la cinéphilie est une maladie qui gagne a être répandue lorsqu'elle est transmise avec autant de liberté.


Signé: RongeMaille