14/01/2019

NINO DANS LA NUIT de Capucine et Simon Johannin

C'est difficile de parler d'un livre que l'on a adoré prendre en pleine poire. 
Difficile. Car il faut éviter les superlatifs à n'en plus finir, et ne pas se contenter de déposer là que des passages du roman, ce qui reviendrait à ne pas faire le job. Se poserait alors et aussi la question douloureuse : "quels passages ?".

Simon Johannin je l'avais découvert en 2017 avec L'Eté des charognes, paru aussi chez Allia.
Roman virtuose récit d'une enfance dans les montagnes noires, dans les fermes ultra-modernes où les carcasses des voitures côtoient les charniers de brebis en attendant l’équarrisseur.
Où les adultes éructent et protègent les enfants de leurs bras tatoués. Ou pas.
C'était un roman organique et viscéral. Un uppercut dans nos intestins de bobos bien assis.
Johannin ne donnait aucune leçon il reposait - avec une classe au dessus de la mêlée - la question de la responsabilité des adultes dans la vie des enfants. Et ce quel que soit l'endroit où l'on naît.
J'avais d'ailleurs écrit ici-même sur L'été des charognes

Mais Capucine Johannin, elle je ne l'a connaissais pas.
Connectée à leurs profils sur les réseaux sociaux, je peux vous dire que je l'attendais, leur roman signé à 4 mains.

Et le voilà, ce Nino dans la nuit splendide. L'histoire de Nino Paradis et son grand amour Lale. L'histoire de leurs deux fois 20 ans collés au bitume, aux appartements insalubres sous-loués à des marchands de sommeil, l'histoire de cette pauvreté vraie de vraie sur laquelle on ferme les yeux. C'est l'histoire de leurs petites magouilles et de leurs grands blancs, ces fuites collées à grand coups de goulots, de petites pilules ou de lignes blanches.
C'est l'histoire de leur amour immense au cœur de tout cela.
C'est aussi la suite de cette enfance dans la ferme, en quelque sorte, des années 80/90. Ce ne sont plus les montagnes noires, mais la banlieue parisienne. Ce ne sont plus les bêtes, les chiens et les montagnes, ce sont les dealers, les esclavagistes modernes, les supermarchés qui dégueulent et la défonce d'une jeunesse qui fuit le jour.

J'ai retrouvé la matière viscérale et organique de Simon et j'y ai découvert en plus un rythme bien plus emporté, probablement un coup de Capucine.
J'y ai retrouvé cette écriture comme un port de tête altier de Simon, avec une grande dimension en supplément, celle de l'écriture qui aspire toute l'expérience contée, incontestablement la présence de Capucine. Quand la littérature prend la forme même du récit ! 

Simon et Capucine ont réussi le tour de force de planter de la poésie partout, du macadam aux rails de coke, des sérieux emmerdements aux corps qui se serrent pour lutter contre la faim.

C'est magistral, puissant et sombre autant que solaire. Voilà, le superlatif arrive en courant, cela veut dire que vais m'arrêter là.
Acheté à 18h et terminé à 3h du matin. Qu'est ce que je peux ajouter ?

Nino dans la nuit est sorti accompagné du clip du collectif Contrefaçon !





05/01/2019

ZERO TONINE de Michel Wellbeck (jusqu'à la page 191)

A la vérité, on n'est pas déçu. D'abord il y a les chiffres: plus de 300 000 exemplaires qui sortent des rotatives d'un coup, ça vous pose un auteur à défaut de vous poser un homme, quand même: ça en fait, de l'huile de coude et du bilan carbone, mais c'est pas grave. On va exhiber la GROSSE exhibition du petit Michel encore longtemps pour prouver que le monde  de l'édition se porte très bien, c'est une aubaine, c'est du nanan, donc c'est... c'est... c'est ?... de la littérature.

Niveau littérature, ça ne commence pas très bien: on répertorie dans le premier chapitre un nombre considérable de répétitions et de termes homophobes peu amènes qu'on ne citera pas dans le supplément littéraire du Monde et qui font kougloff, quand même: Michel se défend d'être pédé. C'est pas parce qu'il est petit, pas beau, fourbu de médocs et accro au porno qu'il va abdiquer: dans ce roman-là, il se prénomme Florent-Claude. C'est ridicule, il en fait même toute une affaire au début et puis pouf ! ça disparaît au bout de quelques pages. On n'en parlera plus (du moins jusqu'à la 191, là où je me suis arrêté, à moins que j'ai lu trop vite). D'ailleurs, Florent-Claude, qu'on appellera Michel pour plus de commodités,, se décrit comme un type aux traits virils, à la queue assez importante capable d'une belle endurance (mais ça, c'était dans le flash-back). De la même manière, sa façon de nous expliquer qu'il racontera tel truc plus tard, qu'il faudra qu'il nous explique telle chose s'il y pense nous indique que, peut-être, Michel n'a pas fait de plan non plus, au départ.
Pas grave, Michel a du talent, c'est indéniable. Nonobstant une manie agaçante d'aller titiller le bobo et le mélenchoniste de base comme d'autres des siècles avant lui cassaient les couilles au bourgeois (Michel, tu te trompes de cible, mais c'est rien, continue, on t'aime bien), là où Michel est très bon c'est dans la dégringolade. Et dans dégringolade, j'entends digression, écriture en roue libre, franc-parler et divagations stylo en main et là, l'écrivain arrive. C'est ici que je me suis arrêté, fatigué: lorsque Michel égraine par le menu l'histoire de ses histoires d'amour importantes.

Quand il est émouvant, Michel est très bien. On ne le confond plus avec Florent-Claude (c'est ridicule, enfin, Michel... demande à Flamm' de pilonner les premiers tirages et réécris-nous tout ça, t'es capable de beaucoup mieux !)

Lorsqu'il parle de l'enterrement de ses parents (de roman, qui se sont donnés la mort ensemble), il est capable de balancer des mots qui claquent:

"Le prêtre m'avait un peu énervé (...) quand il est mis en présence d'un cas d'amour authentique un prêtre ça ferme sa gueule, voilà ce que j'avais envie de lui dire."

Eh ouai, pas mal...
Mais à la page 191 donc, là où on se sera arrêté ce soir, avant de reprendre demain, ou après-demain, voire jamais si le cœur nous en dit, il n'était question que d'antidépresseurs qui font tomber la zigounette, du souvenir transit de pipes royales, et d'une certaine maîtresse japonaise qui adorait lui faire de menues infidélités lors d'énergiques gang-bangs que Michel analyse en véritable expert certifié youporn. C'est un peu sa limite.  On a dit "japonaise" d'ailleurs, pas "chinoise", et c'est là que tout est dit (ou rien): Michel est un peu gros con, aussi.

Page 191 donc, tout le monde descend. On remontera peut-être demain, allez savoir. On vous tiendra au courant.

D'ici là (et j'en suis sûr, Michel vous encouragera avec moi): faites (ou lisez) autre chose.

Il est mauvais que des aimés parlent la même langue, il est mauvais qu'ils puissent réellement se comprendre, qu'ils puissent échanger par des mots, car la parole n'a pas pour vocation de créer l'amour, mais la division et la haine (...) .

Il y a ça, glissé entre quelques considérations sur l'avenir de la culture de l'abricot en Roussillon, l'élevage des poulets de batterie, la pornographie zoophile et la certification AOC du Livarot.

Qu'est-ce-que vous voulez que je vous dise de plus ?

Signé: RongeMaille

17/12/2018

LA PETITE ENCYCLOPÉDIE ILLUSTRÉE DES ANIMAUX de Maja Säfström

Je vais, tout d'abord, un peu vous parler des éditions Rue du Monde qui éditent ces 2 superbes documentaires (et plein d'autres). Cette maison d'édition a été créée en 1996 par l'auteur Alain Serre, leur leitmotiv "Offrons le monde aux enfants, du beau et du sens pour grandir libres". Ça envoie quand même hein ! C'est une maison d'édition militante et engagée où l'on peut trouver certains des grands noms de la littérature jeunesse (Pef, Novi, Zaü, Piquemal...). Leur premier livre qui est encore leur meilleure vente aujourd'hui est Le grand Livre des droits de l'enfant et leur livre d'utilité publique qui devrait être dans toutes les librairies et bibliothèques Travailler moins pour lire plus (ça vend du rêve quand même). Enfin bon vous l'aurez compris, Rue du monde a vraiment un catalogue génial et original à découvrir de toute urgence.
C'est d'ailleurs en feuilletant leur catalogue que j'ai découvert La Petite Encyclopédie illustrée des animaux qui vivaient autrefois sur la terre et La Petite Encyclopédie illustrée des animaux les plus surprenants écrites et illustrées par Maja Säfström, et le moins que l'on puisse dire c'est que ces documentaires ne ressemblent à aucun autre ! Ils sont dessinés au feutre noir, des dessins pas foncièrement réalistes mais jolis et poétiques, il y a très peu de texte, mes les anecdotes sont drôles et originales et vous (oui vous !) apprendrez sans aucun doute plein de choses grâce à ces petits livres. Vous ne me croyez pas ? Connaissez-vous le Sharovipteryx ? Le Gerrothorax ? Le Quetzacoatlus ? Savez-vous de quelle couleur sont les dents d'un castor ? Non ?! LOSERS, allez acheter ces livres pour enfin briller pendant vos soirées raclette ou pour enfin décoller vos enfants de leur smartphone pour maternelle !
L'auteure et illustratrice Maja Säfström est également architecte. Cette jeune suédoise vit à Stockholm où elle tient un atelier-boutique qu'elle alimente de son travail et des millions d'idées qui traversent sa jolie tête blonde.
Signé 


07/12/2018

MEMOIRES D'UN RAT d'Andzrej Zaniewski


Vous n'avez jamais entendu parler d'Andzrej Zaniewski mais lui vous connait parfaitement. Il sait que vous êtes de la même race que lui et que vous ne voulez pas toujours l'admettre. Ecrit à la fin des années 70, ce livre fut une première fois édité en France au milieu des années 90, et j'en gardais un souvenir de lecture tellement puissant que je me suis demandé un certain temps, en tournant autour comme un chat auprès d'une souris à la patte cassée, si j'allais y retrouver ces mêmes impressions.

Des impressions ? Des sensations plutôt, des odeurs, des bruits, des éclats de chaleur et de lumière, des peurs, des éclairs de douleur et de jouissance momentanés, ces Mémoires d'un rat sont écrites comme le journal intime d'un rat crevé, de la naissance jusqu'à son inévitable trépas, une histoire écrite non pas par un fou mais par un innocent, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. Un innocent qui sera victime, bourreau, proie, chasseur, âme sauvage comme cette toute petite chose blottie dans un coin et qui couine en attendant le coup de grâce.  Il ne porte pas de nom, mais sa vie nous est racontée à la vitesse sidérante d'un page-turner. Ce livre, c'est Game of thrones au fin fond des égouts dans n'importe quelle ville du monde: fornication, naissance, faim, chasse, meurtre, inceste, anthropophagie, massacres, ce rat tuera son père, engrossera cent fois sa mère, verra périr des centaines de ses ratons, parfois les mangera par pure rage ou par nécessité, échappera à mille morts tendues par les hommes. Et il y a les chats, les rapaces, les chiens et .. les rats.

Zaniewski ne situe rien. Il montre les hommes tels qu'ils sont: cruels et opiniâtres, experts en pièges et inventifs en cruauté. Ils plantent des têtes de poissons empoisonnées un peu partout, parsèment les coins de cave de tranches de lard pendus à des bouts de ferraille qui leur brisent les reins, ébouillantent les rats piégés en rigolant. Des hommes qui se font dévorer par les rats lorsqu'ils sont isolés et trop faibles. Des hommes qui cherchent à attraper les rats pour les manger parce qu'il n'y a plus ni pigeon, ni chien ni chat à dévorer. Allez savoir s'ils ne se mangent pas entre eux, ces humains...

Ce qui est raconté dans ce chef d'oeuvre, qui a d'ailleurs eu bien des problèmes avec la censure à sa parution, et fut taxé à maintes reprises d'oeuvre immorale, a beau être éprouvant, ignoble, la véritable horreur surgit de cette acceptation qui finit par ouvrir les yeux du lecteur que Mémoires d'un rat ne parle que de nous, au final. Idée géniale qu'a eu Zaniewski de mélanger la destinée de cette engeance putride, de ces nuisibles à éradiquer à nos mythologies: ce rat nous rappelle à Ulysse, à Oedipe, à Sisyphe comme au Diable en personne. A moins qu'il ne soit, allez savoir, une incarnation christique de plus. Moment génial où les rats se figent dans cette ville portuaire à l'écoute d'un joueur de flûte qui ouvre ses fenêtres chaque soir. Et les rats cessent de courir, de chasser et de fuir pour l'écouter sous les réverbères. Mais en temps de guerre, un homme qui fait de la musique par plaisir n'est pas un homme: il se fait tabasser à mort par ses voisins. 
Cet instant étrange, et magnifique, où l'animal vient se poser contre la main de l'homme mort dont le jeu l'a enchanté, sans même songer un instant à le dévorer, est un de ces moments rares où un artiste vous montre combien l'art, par instants, peut importer plus que tout le reste. Et dans la catégorie joueur de flûte, parole de rat, Zaniewski est l'égal des plus grands. 

Signé: RongeMaille   

23/11/2018

WILD SIDE de Michael Imperioli

New York, 1977. Matthew, 16 ans s’installe avec sa mère dans un immeuble cossu de Manhattan. Pour lui qui n’a connu jusqu’alors que le Queens, la vie du côté de la 52ème rue a tout d’exotique. Deux rencontres vont le marquer pour toujours : la première avec sa rock star de voisin, qui n’est autre, vous l’aurez compris, que Lou Reed. La seconde avec une camarade de lycée, Veronica, personnage fascinant, sorcière autoproclamée, dont Matthew va tomber amoureux. C’est auprès de ces deux personnages en marge que Matthew va faire la connaissance d’un étrange milieu où se côtoient paumés, camés, prostituées, artistes et transgenres.

Nul besoin d’être un fan absolu de Lou Reed pour apprécier à sa juste valeur Wild Side (dont le titre original est The Perfume Burned His Eyes, tiré des paroles de la chanson Romeo Had Juliet). Je n’ai moi-même jamais fait rien d’autre que d’écouter - souvent en boucle - l’album Transformer. C’est ma seule connaissance de l’œuvre de Lou Reed, un peu mince, mais suffisante pour entrer pleinement dans l’histoire. Certes, ce roman d’apprentissage est sans aucun doute écrit par un admirateur de l’artiste, Michael Imperioli (acteur connu pour avoir incarné Christopher Moltisanti dans la série Les Sopranos), mais l’histoire est portée par Matthew, ado timide qui aime écouter Wish You Were Here de Pink Floyd, qui ne connait pas ou peu la musique de Lou Reed. D’ailleurs, s’il est dès le départ fasciné par ce personnage atypique, il ne reconnait pas immédiatement le chanteur. C’est déjà un bon point de départ : merci M. Imperioli de n’avoir pas créé un insupportable fan de base comme héros de l’histoire. 

Et c’est la force de ce livre : les personnages sont attachants. Matthew est un héros passif, un peu timide, parfois à la limite de l’inconsistance par sa façon de ne jamais vouloir s’imposer, mais c’est justement cette limite qui est intéressante, car on le sent toujours sur le point de glisser de l’autre côté. Savoir s’il va rester spectateur de cette faune, et dans quelle mesure ce qu’il découvre va le toucher, m’a tenu en haleine. Matthew attend, observe, se laisse porter, et attend encore. Ce qui compte à ce moment pour cet adolescent très seul, c’est simplement d’être avec ceux qu’il vient de rencontrer. 

Avec Lou d’abord, personnage qui n’en fait qu’à sa tête, instable, cruel et égoïste, mais aussi tendre, blagueur, touchant, voire protecteur. A sa façon. Entre eux l’accroche sera immédiate. Matthew le dit : « J’étais soudain devenu l’une des rares personnes à qui il faisait confiance ». 

Avec Veronica ensuite. Vénéneuse et insaisissable Veronica, qui ne cesse de le fasciner. « Je l’aurais suivie jusqu’au fond des égouts jusqu’à ce qu’elle soit prête à ressortir la tête pour prendre une bouffée d’air. »

Il y a forcément du glauque dans ce livre, des choses moches. Mais il y a aussi une très grande beauté, et celle-ci réside avant tout dans les personnages et leurs relations : la relation entre Lou et son amie transgenre, Rachel, « …leur façon d’être ensemble sur la banquette me faisait du bien. Peut-être parce que ça se voyait qu’ils étaient très amoureux. » ; la mère de Matthew, volontaire et dépressive à la fois.

Il y aussi des scènes épiques et drôles, comme ce moment où Matthew, à la demande de Lou, doit livrer en camionnette un ampli de l'autre côté de Manhattan alors qu'il sait à peine conduire. J'en ai eu des sueurs avec lui, mais je me suis amusée de son équipée et de cette rencontre faite durant la livraison avec un unijambiste qui ne cesse de jurer et de hurler sur son neveu décérébré.

Une des grandes qualités du roman est d’ailleurs cette capacité à alterner des émotions différentes, de nous faire passer de l’effroi à l’amusement, de la naïveté de ce jeune homme à sa perte, de Lou à Veronica. Un joli travail qui joue sur la dualité, mais qui n’en fait jamais une analyse simpliste.

Merci encore M. Imperioli pour ce premier roman. Premier ou pas, c’est l’un des meilleurs que j’ai lu ces derniers temps. 

Alors si vous voulez savoir à quel point Matthew restera marqué par ses rencontres, si vous voulez comprendre pourquoi l’auteur a choisi comme épigraphe un passage tiré de l’Amant de Margueritte Duras, et quel en est son sens, si vous les fans, vous voulez savoir pourquoi ce livre aurait pu tout aussi bien s’intituler The Blue Mask, titre d’une chanson publiée en 82, enfin, si vous voulez vous plonger dans le New York des années 70, lisez Wild Side.

Signé: La Tangente  

14/11/2018

UN ARBRE, UNE HISTOIRE de Cécile Benoist et Charlotte Gastaut

Avant tout sachez que je suis TOTALEMENT fan de Charlotte Gastaut, j'ADORE vraiment ses illustrations.

Ceci étant dit, j'ai donc totalement craqué pour Un arbre, une histoire, qui rend un bel hommage à ces géants silencieux, qui nous offrent tellement alors que nous continuons de scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Ces Dieux végétaux sont au centre de nombreux mythes, voici 20 histoires vraies, qui leur rendent hommage mais qui mettent également en lumière les personnes qui les aiment et les protègent. Connaissez-vous le palmier marcheur, le Dragonier de Socotra, l'arbre ivre ? Non ? Bah achetez ce livre. Connaissez-vous Julia Butterfly Hill (quel beau nom n'est-ce pas?), Wangari Maathai, Francis Hallé ? Non ?! Mais, achetez ce livre ! Connaissez-vous un arbre de 75 mètres de haut avec 2 milliards d'épines, un arbre de 80 000 ans, un arbre dont les branches font plus de 28 mètres ? Non ? ACHETEZ CE LIVRE ! Vous l'aurez compris nous ne savons pas tout (et c'est tant mieux) alors achetez ce livre, pour en savoir plus, pour en prendre plein les yeux, pour voyager au cœur de ses colosses feuillus. Il étaient là avant, ils seront là après mais il n'est jamais trop tard pour apprendre à les connaître et à les aimer.

L'auteure Cécile Benoist écrit des fictions, des essais, des articles de presse, du contenu web... elle écrit de tout et elle écrit bien ! Sociologue de formation elle s’intéresse aux relations entre les hommes et la nature, aux peuples et aux cultures du monde. Elle aime écrire à la limite de la fiction et du documentaire. Et elle retranscrit tout ça dans ce livre pour notre plus grand bonheur !
Charlotte Gastaut est illustratrice, pour l'édition, la presse, la mode, la communication, la décoration... elle illustre tout et toujours avec talent ! Elle écrit aussi, j'ai une grande faiblesse pour sa Grande Lulusion, elle sauvera le monde (si ça en vaut la peine), et surtout pour le grand Voyage de Mademoiselle Prudence ! dont je suis totalement amoureuse. Elle fait de SUPERBES foulards (si un fan passe par ici et veut m'en offrir un... y a pas de souci, je ne suis pas difficile je les aime tous !) Enfin bon, je ne suis pas du tout objective mais elle est fantastique !

Un livre à offrir, à s'offrir, aux grands ou aux petits.
Signé 

10/11/2018

KADDISH POUR UN TROPHEE (une boulette empoisonnée signée RongeMaille)

MORT AUX RATS ! est une émission radiophonique que diffuse en exclusivité Divergence FM depuis le 1er octobre. Parti d'un pari un peu dingue conclu avec Bruno Bertrand, directeur d'antenne de la radio
("-Tiens, j'écrirais bien des petites fictions pour la radio..."
 "-Oh ben oui, une par jour, ce serait super !")
ces "boulettes empoisonnées" comme elles se sont baptisées un peu d'elles-mêmes sont diffusées à raison de cinq par semaines, avec trois diffusions quotidiennes.

Imaginées, au départ, sur le modèle des Microfictions de Régis Jauffret, autant en terme de longueur que de mauvais goût assumé, les boulettes de Mort Aux Rats ! ne sont pas toutes dotées de l'affreux mauvais esprit de l'auteur d'Histoire d'amour et de Clémence Picot. Je ne sais pas comment fait cet homme, pour qui j'éprouve d'ailleurs une admiration littéraire indéfectible, mais je ne suis pas du tout capable de pondre A CHAQUE FOIS une horreur qui dépasse les limites de l'admissible comme lui seul sait si bien le faire. La première boulette s'appelait Kim cônes glacés, j'avais en effet choisi pour chroniquer Microfictions 2018 de Jauffret lors de l'émission du Petit Bazar de janvier dernier, toujours sur Divergence, non pas de parler du livre, mais de faire une microfiction "à la manière de".

Aussi certaines boulettes sont assez horribles, c'est vrai, d'autres un peu moins, il y en a des plutôt drôles, aussi... Certaines sont des clins d’œil, des hommages, des petites histoires horrifiques, et il y en a certaines, comme Kaddish pour un trophée qui ne se rangent nulle part. Celle-ci vaut autant le coup d'être écoutée avec l'habillage sonore concocté par mon comparse Ludo  (une technicien du son du tonnerre, mes enfants) que d'être lue, à mon avis. On va essayer, comme ça pour voir...
Kaddish pour un trophée.

Le cimetière est à visiter surtout en hiver ou à la fin de l'automne lorsque le froid semble tout rendre silencieux et qu'il s'évapore en volutes invisibles entre les pierres mousseuses et les mauvaises herbes. Quand il fait beau et que le soleil traverse les branches des platanes dénudées, vous pouvez rester là des heures entières, à écouter les pics-verts réveiller les insectes dans le creux des troncs d'arbre et les mésanges se croire au printemps.

Vous attendez, vous ne faites pas de gestes trop brusques sans pourtant vous confondre avec les rares statues qui ornent le parc et vous finirez toujours par les voir. D'abord il y en a une que vous n'avez pas vu arriver et qui, seule dans l'allée centrale semble vous regarder d'un air curieux en battant des oreilles dans l'air froid, sa bête figure de ruminant pointée vers vous, mâchant quelque chose.

Une deuxième qui d'un pas martial, l'air de passer par là par hasard, s'arrête juste à côté de sa camarade. Avec cette luminosité, vous regrettez de ne pas avoir pris votre appareil. Mais vous savez qu'au moindre clic, elles bondiront comme des flèches et que vous ne les reverrez plus.

La troisième, beaucoup plus petite, plus jeune, pleine de fougue, déboule en manquant trébucher sur ses petites pattes et stoppe pile entre les deux autres. On croirait qu'elles me font une chorégraphie. J'imagine qu'il s'agit là de ma grand-mère Elsa, et de mes deux tantes Adina et Meira, que je n'ai jamais connues. Les petites devaient avoir entre 6 et 10 ans.

Ce n'est pas moi qui leur fait tendre l'oreille mais elles se montrent soudain inquiètes. Quelque chose derrière les a fait jaillir hors de terre et disparaître dans les sous-bois. J'ai à peine entendu le bruit de leurs sabots contre la terre froide. Ceux qui les ont fait fuir s'avancent. Ils sont à peu près une vingtaine, des notables pour la plupart, bien en joues, bien en chair, qui sont à l'origine de cet « appel à la restitution du cimetière juif de Seegasse à la ville de Vienne et à ses habitants ».

Ils n'ont pas été jusqu'à mettre des brassards, mais derrière eux, une dizaine de crânes rasés habillés en noir, portant des pioches et des pelles, s'avancent dans leur accoutrement paramilitaire et rigolent comme des ânes en vidant leurs canettes de bière.

Ces animaux-là n'ont pas l'ouïe assez fine pour entendre le bruit sec d'un fusil qu'on arme. Il savent abattre les biches et les faons à bout pourtant, ils savent tirer de tendres filets saignants dans la chair encore palpitante, piller les cadavres et les balancer dans des fossés, ils savent jouir de leurs trophées, se perdre corps et âmes dans de sanglantes libations, ils savent ensuite retourner à leur vie civilisée sans jamais rien renier de leur appétit de destruction.

Ils s'arrêtent net quand un immense brame déchire le silence. Suivi d'un autre, plus fort encore, plus majestueux. Le suivant est plus proche, assourdissant, je les vois qui se mettent les mains sur leurs oreilles, certains ont mis un genou à terre.

On dit que d'abord ils prennent nos bois, et qu'ensuite ils nous immolent.

Quand le cri s'échappe du fond de mes entrailles, signal pour tous de la curée, nous fonçons sur eux tête baissée.

Signé: RongeMaille