


"La vie tue d'abord les cœurs purs".
Angélique et Joyeuse découvrent un matin que leur jeune frère Fignolé n’est pas rentré. Car il y a aussi Fignolé, le frère tant chéri, le fils tant aimé, rêveur et musicien, militant déçu du Parti des démunis dont le leader a trahi. Cette disparition est d'autant plus inquiétante que la veille, des émeutes sanglantes -auxquelles il semble avoir participé- ont éclaté dans les rues de la capitale... L'histoire qui nous est contée se déroule sur une seule et unique journée, durant laquelle les deux sœurs vont mener leur enquête, chacune à leur manière. En trente courts chapitres, merveilleusement fluides et poétiques, leurs voix poignantes vont ainsi nous livrer à tour de rôle la terrible angoisse qui les étreint et par-là même le quotidien misérable des habitants de l'île et son histoire tourmentée. De "Papa Doc" Duvalier à nos jours, en passant par "Bébé Doc" et le Prophète-Président: "Port-au-Prince, poste avancé du désespoir. Il y a toute la malfaisance secrète inscrite dans ses murs depuis deux siècles. La descente aux enfers de la ville a commencé depuis trop longtemps pour que je me plaigne." Elles dressent également, dans cette sorte de double confession, les portraits en creux de leur mère et de leur frère et mettent en lumière la complexité de leurs relations. Et malgré la mort qui rôde, aucune ne renoncera à découvrir ce qui est arrivé à Fignolé. Livrer bataille, c'est être vivant.

Il y a donc, pour finir, mille et une raisons de lire la couleur de l'aube, alors lisez et relisez ce texte incandescent. Écoutez les voix de ces deux femmes et à travers elles, le cri de souffrance et de révolte de tout un peuple. Laissez-vous porter par cette mélopée lancinante et envoûtante venue d'un lointain ailleurs. Entendez le chant de vie et d’amour que Yanick Lahens compose avec une incroyable maestria, construisant l'allégorie d'une terre où la monstruosité voudrait faire loi mais où, à chaque pas, éclate pourtant une incroyable volonté de vivre.
"Je pense à l'autre. Au traître. A la robe moulante que je mettrai ce
jour-là. A mes talons aiguilles. Au rouge carmin dont je dessinerai mes lèvres
et à cette chose que je dissimulerai dans mon sac."
"Dans cette île, dans cette ville, il faut être une pierre. Je suis une pierre."
"J'ai devancé l'aurore et j'ai ouvert la porte sur la nuit."
Merveilleux Money, comme toujours... j'ai longtemps hésité à acheter ce livre, mais vous m'avez convaincue. J'envie vos clients d'avoir une telle perle à leurs côtés. Et les éditeurs doivent être ravis d'avoir un defenseur aussi ardent que vous. Continuez!
RépondreSupprimerSi j'étais Sabine Wespieser ou un de ses confrères, je vous prendrais comme lectrice ou éditrice, vous avez vraiment tout ce qu'il faut pour cela!
RépondreSupprimerAhhh, j'aimerais beaucoup ça vous savez! Un grand merci pour votre soutien. MoneyPenny
RépondreSupprimerMoneyPenny,quelle plume,quel talent,un régal,vous trouvez les mots pour nous donner envie de lire ce livre,c'est ce que je vais faire.Mille mercis et plus de nous faire découvrir de tels auteurs, et editeurs à bientôt de vous lire MoneyPenny.
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