21/01/2016

LES ARMÉES d'Evelio Rosero

Métailié réédite dans sa très belle collection de poches Suites ce roman paru en 2008 et qui nous était passé sous le nez… Séance de rattrapage pour tout le monde, afin de découvrir un auteur à l’écriture à la fois douce et comme plongée dans une longue léthargie, sur un sujet qui pourtant ne prête ni à la douceur, ni à la rêverie.
Evelio Rosero nous emporte dans le quotidien languide d’un village de Colombie, de nos jours, un endroit qu’on devine à l’écart de tout, plongé dans un cadre merveilleux. Le narrateur, Ismaël, est un instituteur à la retraite partagé entre deux passions ; l’entretien de ses arbres fruitiers, et le zyeutage intensif de sa superbe voisine qui aime à se promener nue sur sa terrasse. Et puis quelque chose d’imprécis se dessine peu à peu : le village a été victime trois mois auparavant d’une intrusion militaire. Certains ont été abattus, dit-on, d’autres emmenés comme otage dans le maquis, on ne sait pas trop pourquoi. Mais chacun à son idée.
Il n’y a pas que dans la tête un peu fatiguée d’Ismaël que les choses sont floues : jamais on ne saura qui surgit, un sale matin, pour semer mort et destruction, laissant Ismaël seul dans sa maison, les genoux tremblants, la mémoire en pagaille : l’armée, des miliciens, des guerilleros ? La force du livre d’Evelio Rosero est non seulement de nous mettre en face de l’horreur absolue de cette guerre-là (à ce titre, les toutes dernières pages sont aux limites du supportable), mais aussi face à ses conséquences : le déni, la perte, la souffrance, la destruction et pour finir l’oubli absolu.
Les armées, à la sécheresse parfaitement maîtrisée, est une vraie gifle. On en attendra que plus attentivement la parution du nouveau Rosero, Le carnaval des innocents, qui sort ces jours-ci.

Signé : RongeMaille

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