15/05/2024

LA PORTE A4 de Naomi Shihab Nye et Enzo

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous présenter un de mes énormes coups de cœur, un de ces livres que je m’offre à moi-même : La porte A4 de Naomi Shihab Nye et Enzo aux éditions D2eux. Naomi Shihab Nye est une poétesse, rédactrice, compositrice et romancière arabo-américaine, moult fois primée. Née d'un père palestinien et d'une mère américaine, elle commence à composer sa première poésie à l'âge de six ans, elle dit d’elle-même qu’elle est une poétesse errante. Et quant à l’illustrateur Enzo Lord Mariano, il est également musicien. Ce fringant québécois ne se déplace jamais sans ses crayons et sa mandoline. 
Ici, le texte de Naomi et les dessins d’Enzo sont doux et poétiques, ils nous livrent un message important et plein d’espoir. L’éditeur d2eux, également canadien d’ailleurs, dit de ce livre que c’est “Un texte fort sur la compassion et la gentillesse. Mots importants à notre époque.” 
Mais au cas où tout ça ne vous ai pas totalement convaincu voici de quoi parle cet album : c’est un petit moment de vie de l’autrice, Naomi Shihab Nye. Un jour où elle flânait dans l’aérogare d’Albuquerque (là on sent le canadien, nous on aurait dit plutôt aéroport), elle venait d’apprendre que son vol avait 4h de retard et là elle entend une annonce : « Si quelqu’un à proximité de la porte d’embarquement A-4 comprend l’arabe, prière de vous y rendre immédiatement. » Elle pense alors “Par les temps qui courent, il y a de quoi hésiter.” Mais c’était la porte à laquelle elle devait se présenter donc elle y est allée. Et là elle découvre un agent de bord à la limite de la rupture et une dame assez âgée en robe palestinienne traditionnelle complètement paniquée. Ne comprenant pas ce que l’agent lui disait, elle a cru que son vol était annulé et pleure au sol sur sa valise. Chouquette ! Heureusement Naomi lui explique dans son arabe imparfait et rouillé la situation et la rassure gentiment. Comme elles doivent prendre le même vol, elles décident même de rester ensemble. Naomi l’aide à appeler ses enfants pour les prévenir, puis comme elle maîtrise mal l’arabe elle appelle son propre père pour qu’il parle avec cette dame. Elles ont quand même 4h à tuer donc elle appelle aussi ses amis poètes palestiniens et le téléphone passe de l’une à l’autre entre rires et complicité. Le temps passe vite grâce à cette nouvelle amitié et leur bonne humeur est communicative. Surtout quand la dame sort des Maamouls faits maison, de délicieux biscuits fourrés aux dattes et aux noix qu’elle distribue à toutes les femmes de la salle d’embarquement. 
Toutes les passagères ont alors la bouche pleine de sucre glace et le sourire aux lèvres, elles sont toutes liées les unes aux autres par ce bonheur sucré et toute la fatigue de l’interminable attente est presque oubliée. L’album se termine sur ces mots de l’autrice “ Voilà l’univers dans lequel je veux vivre. L’univers du partage. Une fois terminés les pleurs de désarroi, personne à cette porte d'embarquement ne semblait craindre l’autre. Elles ont accepté les biscuits. Toutes ces femmes aussi, je voulais les serrer dans mes bras. Cela peut encore arriver n'importe où. Tout n’est pas perdu.” 
Elle partage avec nous une anecdote toute simple, un petit moment de joie inattendu et lumineux qui fera du bien à tous, peu importe notre âge ou d’où nous venons. Cet album est donc, surtout dans notre monde plus que troublé, une nécessité absolue qui prône l’espoir, la beauté de la différence et la bonté ordinaire, . 
Et si vous vous demandez ce que la dame âgée avait d’autre que les Maamouls dans son sac, et bien elle avait une plante en pot. Car c’est la tradition de son pays, toujours transporter une plante avec soi pour  rester ancré quelque part. 
On peut conserver ses racines mais s’ouvrir aussi aux autres.

Et parce que quand on aime on ne compte pas, j'ai aussi parlé de ce livre dans mon émission Les Sales Mômes sur Divergence FM c'est par ici pour écouter =>📻

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