22/06/2016

SWEETGIRL de Travis Mulhauser

Avec leur manière inimitable de nous resservir leurs meilleurs recettes dans des plats différents, les Américains sont décidément les plus forts. Si le premier roman de Travis Mulhauser ne révolutionne en rien le roman white trash dévolu aux grands espaces (ici un trou paumé au cœur des forêts du Wyoming en plein hiver) et aux pauvres hères qui tentent d'y survivre malgré l'adversité, les conditions climatiques épouvantables, et la bêtise crasse de leurs contemporains, il se dévore à une telle vitesse et avec un tel plaisir qu'on se jurerait, en toute mauvaise foi, n'avoir jamais lu ça auparavant. 

En un chapitre, Mulhauser vous précipite dans un trame tendue de partout. Percy, 16 ans, jeune fille débrouillarde à qui on ne la fait pas, en a assez de poireauter dans son mobile-home et part à la recherche de sa junky de maternelle (tiens, tiens: Un hiver de glace de Woodrell), certainement fourrée avec son imbécile de dealer, à quelques kilomètres de congères de là. Pas de pot, la mère indigne ne s'y trouve pas, mais son dealer, si: dans le coltar en compagnie d'une nana non identifiée raide défoncée sur la moquette du salon, elle aussi. A l'étage, Percy découvre, interloquée, un bout de chou de 6 mois à peine en pleine séance d'égosillage, des rafales de neige recouvrant son berceau, fenêtre grande ouverte au-dessus d'elle. 

Et c'est parti mon kiki pour 350 pages de page-turner intensif qu'on conseillera autant aux amateurs de roman d'aventure qu'à ceux qui voudraient frissonner un peu cet été sur les plages, en se prenant des bourrasques de neige dans la figure, en se gelant les orteils dans des chaussettes mouillées, en cherchant à y voir à trois mètres dans la tempête et le blizzard, en dérapant sur les plaques de verglas (tiens, tiens, Le signal de Ron Carlson). Car la tempête se lève, les communications téléphoniques sont coupées, les 4x4 bloqués ou en panne, et lorsque cet imbécile de Shelton se réveille (le dealer de maman), c'est pour découvrir un berceau vide, et s'imaginer des tas de trucs complètement à côté de la plaque. 

Il va donc rameuter la cavalerie, deux malfrats pas plus futes-futes que lui qui, en moto-neige et quelques pétards dans le nez, vont partir à la recherche de ces épouvantables ravisseurs de bébé. On sait gré à Travis Mulhauser de ne pas y aller trop fort dans le sordide et lorsque les situations s'apprêtent à glisser vers le brutal, trouver des dénouements rapides plus pathétiques qu'autres choses à ces situations sans issue. 

Sweetgirl se lit d'une traite mais laisse des traces: les cris de la petite Angela (c'était écrit sur son berceau), l'opiniâtreté bourrue de Portis, ex-compagnon de la mère de Percy (le seul potable qu'elle ait jamais eu sans doute, mais qu'elle a jeté comme les autres), ses coups de gueule imbibés, sa mauvaise foi attendrissante, tout comme la prise de conscience soudaine, et fatale, de ce crétin de Shelton. Résultat des courses: quelques morts, des sensations fortes, des doigts de pied sauvés in extremis et un bon rhume. 

 On aura trouvé ça un peu rapide au final, mais quelle efficacité, quel sens du rythme...

Signé: RongeMaille 

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